Fate
Il n’existe pas d’ordre admis pour la découvrir. La franchise Fate a commencé par un visual novel à trois embranchements, chacun adapté séparément, par des studios différents, dans le désordre et sur quinze ans. Le jeu mobile qui finance aujourd’hui l’ensemble a rapporté plus de six milliards de dollars.
Un visual novel à trois fins incompatibles
Type-Moon a sorti Fate/stay night en 2004, écrit par Kinoko Nasu et dessiné par Takashi Takeuchi. La société était encore un collectif d’autoédition deux ans plus tôt.
La prémisse est un tournoi : sept mages invoquent sept figures historiques ou mythologiques et se battent pour un vœu. Le roi Arthur y est une jeune femme, et c’est ce détail qui a rendu la propriété célèbre.
Le visual novel contient trois routes, avec des fins, des antagonistes et des significations différentes. Le lecteur est censé les parcourir toutes les trois, dans l’ordre, sur une soixantaine d’heures.
Chaque route adaptée par un studio différent, dans le désordre
Studio Deen a adapté la première route sous le titre Fate/stay night en 2006. Ufotable a adapté la deuxième sous le titre Fate/stay night: Unlimited Blade Works en 2014, et la troisième en trois films entre 2017 et 2020.
Entre les deux est arrivé Fate/Zero en 2011, roman préquelle de Gen Urobuchi adapté par ufotable, par lequel la plupart des spectateurs hors du Japon ont commencé, puisque c’est la seule entrée qui fonctionne sans connaissance préalable.
Fate/Zero a pourtant été écrit pour être lu après le visual novel, pas avant. Commencer par là révèle l’identité d’un personnage que l’original dissimule pendant quarante heures. Chaque ordre de visionnage publié en ligne échange un problème contre l’autre.
Un jeu mobile paie pour tout le reste
Fate/Grand Order est sorti en 2015, jeu gratuit qui vend des chances aléatoires d’obtenir des personnages. Il a rapporté plus de six milliards de dollars et a été plusieurs années le jeu mobile le plus rentable du Japon.
Ce sont ces revenus qui financent l’animation. Les films et les séries sont, en termes commerciaux, la publicité d’un jeu à tirage aléatoire, ce qui est l’inverse du fonctionnement habituel d’une franchise d’animation.
Cela explique aussi le volume. Plus de trente productions Fate existent, y compris des séries dérivées où les personnages tiennent des bains thermaux ou combattent dans une parodie de magical girl.
Ce qu’une source à embranchements fait à une franchise
La plupart des adaptations choisissent une version de l’histoire. Celle-ci les a adaptées toutes les trois, les a toutes maintenues officielles, et a laissé le public les concilier.
Le procédé ne tient que parce que la fiction contient un mécanisme pour cela : les lignes temporelles parallèles font partie de la prémisse, donc les contradictions relèvent de la continuité et non de l’erreur.
Le prix à payer est une barrière d’entrée que la franchise n’a jamais résolue. C’est l’une des plus grosses propriétés du Japon, et le conseil qu’on donne encore à un nouveau venu est un organigramme dessiné par d’autres lecteurs.
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