Neill Blomkamp
Une science-fiction filmée comme un reportage, où les extraterrestres se débattent dans les méandres de l'immigration : Neill Blomkamp a inventé un registre qui n'appartient qu'à lui.
Blomkamp réalise une science-fiction ancrée dans l'esthétique du documentaire. District 9 s'ouvre comme un reportage sur un ghetto extraterrestre avant de basculer dans la course-poursuite, tout en conservant son optique caméra au poing et son jargon bureaucratique du début à la fin. Si ce postulat fonctionne aussi bien, c'est que l'administration y se révèle bien plus terrifiante que les créatures elles-mêmes.
Origines et influences
Issu des effets visuels, il intègre son travail sur les créatures aux images de prises de vue réelles avec une minutie de technicien plutôt qu'avec un sens du spectacle facile. L'histoire de l'Afrique du Sud et l'esthétique des reportages de guerre télévisés irriguent directement sa mise en scène, qu'il s'agisse des séquences d'interviews ou du matériel que portent ses personnages.
Style et thèmes
Les motifs de prédilection incluent la ségrégation matérialisée par l'architecture, les conglomérats agissant en tant qu'instances dirigeantes et des protagonistes loin d'être irréprochables. Les machines y apparaissent crasseuses et usagées, maintenues par le système D et du ruban adhésif plutôt que de briller de mille feux. La violence y est abrupte et dénuée de tout glamour, capturée par une caméra volontairement mal positionnée, si bien que le public en rate une partie, exactement comme le ferait un véritable témoin.
Héritage et influence
Son premier roman a prouvé qu'une science-fiction politique intransigeante pouvait toucher un vaste public sans s'appuyer sur une franchise préexistante. Son approche quasi documentaire a depuis fait des petits, le plus souvent en faisant l'impasse sur la précision politique qui faisait toute la force de l'œuvre originale.
À qui s'adresse cette œuvre ?
Ceux et celles qui recherchent une science-fiction ancrée dans le débat politique et servie sans artifice trouveront ici matière à réflexion. Attendez-vous à une violence crue, à une caméra à l'épaule nerveuse et à un dénouement qui refuse toute concession. Nous vous conseillons de débuter par la première œuvre, qui demeure l'expression la plus pure de cette démarche, pour mieux jauger le reste du parcours.
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