Il y a un moment, dans chaque grand shonen, où vous regardez l'écran et vous pensez à Naruto. Pas parce que c'est bien. Parce que vous reconnaissez les symptômes. L'épisode 3 de la saison 3 de Jujutsu Kaisen a provoqué exactement ce moment-là.
Ca valait vraiment la peine de s'impatienter une semaine pour voir ça ?

24 minutes pour un Power Point "Mode d'emploi"
"About the Culling Game" consacre l'intégralité de ses 24 minutes à l'exposition des règles du tournoi. Des règles. Dans un épisode entier. La communauté a été directe : "la session de blabla la plus chiante", "top 3 des épisodes les plus ennuyeux de ma vie".
Le résultat sur IMDb : 7,7/10. L'une des notes les plus basses de toute la franchise. Pour une série qui avait habitué ses fans à des épisodes culminants, c'est un signal difficile à ignorer.
Un épisode qui noie le spectateur sous les explications, c'est un choix de production. La question est de savoir si c'était le seul choix possible, ou simplement le plus simple à exécuter.
Six épisodes, puis le silence
La saison s'est interrompue après seulement 6 épisodes. En sachant que les deux premiers avaient déjà été diffusés en format film compilation, les fans hardcore n'ont eu droit qu'à 4 épisodes inédits avant la pause. Le momentum d'une série, ça se construit et ça se brise. Là, il s'est brisé.
La saison 3 doit adapter environ 84 chapitres du manga, contre 64 pour la S1 et 73 pour la S2. Même format, volume nettement supérieur. Quelque chose devait craquer.
Manga source ou adaptation : qui est responsable ?
Arguments côté manga
- L'arc Culling Game est dense par nature dans le manga de Gege Akutami
- 84 chapitres à couvrir imposent des compromis structurels
- L'exposé présenté dans l'épisode 3 existe tel quel dans le manga
Arguments côté adaptation
- Le découpage en épisode isolé amplifie la lourdeur perçue
- La pause après 6 épisodes casse le rythme narratif
- D'autres adaptations ont su diluer l'exposition sans la concentrer
La vérité inconfortable : les deux sont probablement coupables. Le manga source accumule les règles et les factions à un rythme qui passe mieux à la lecture, chapitre par chapitre. Concentré en un seul épisode animé, ça devient une conférence de presse sans questions.
Mais le choix de ce découpage appartient à l'adaptation. Un épisode n'est pas un chapitre.
Ce que JJK promettait
Les deux premières saisons avaient imposé une cadence rare dans le shonen : des conséquences réelles, une violence narrative qui ne se réinitialise pas, des personnages qui ne reviennent pas de nulle part. JJK semblait avoir tiré les leçons de ses aînés.
L'arc Culling Game ne trahit pas cette promesse sur le fond. Mais sur la forme, il rappelle que même les meilleures séries ne sont pas immunisées contre les maladies du genre.
JJK n'est pas devenu Naruto. Mais pour la première fois, on a regardé un épisode en pensant que c'était possible. C'est ça, le vrai problème.

© Crédits photo : Gege Akutami / Shueisha / Toho Animation / Crunchyroll